La traverse Saint-Antoine à Saint-Laurent-de-Cerdans est effectivement la petite ruelle ou venelle historique qui dessert la placette du même nom.
Les petits ateliers de rez-de-chaussée
À cette époque (1900-1920), de nombreuses maisons de la traverse Saint-Antoine abritaient ce qu’on appelait des ateliers artisanaux ou familiaux. Le rez-de-chaussée (souvent une pièce sombre, voûtée, donnant directement sur la ruelle) servait d’atelier de tressage ou de stockage pour le jute, la corde et le caoutchouc, tandis que la famille vivait aux étages.
2. Le travail à domicile des « piqueuses »
La traverse Saint-Antoine résonnait du bruit de cette industrie, mais aussi des discussions des femmes. Dans ces ruelles étroites, la lumière du jour était précieuse. Les femmes du quartier s’installaient souvent sur le pas de leur porte, directement dans la traverse, ou près des fenêtres pour avoir assez de clarté.
- Elles récupéraient les semelles et les toiles découpées dans les grands ateliers du village.
- Elles cousaient et piquaient l’espadrille à la main, à longueur de journée, tout en surveillant les enfants qui jouaient dans la ruelle.
C’était un cœur de vie ouvrier très dense. La proximité de ces ateliers et de cette main-d’œuvre avec la petite geôle locale de la placette Saint-Antoine montre à quel point ce quartier concentrait toute la vie – et parfois les tensions – des ouvriers sandaliers de l’époque.
À Saint-Laurent-de-Cerdans, la traverse Saint-Antoine joue exactement ce rôle structurel de trait d’union :
- Un pont entre la haute et la basse ville : Elle permet de grimper ou de descendre rapidement pour relier le cœur historique ancien (la haute ville, là où se trouvaient la placette Saint-Antoine et les vieux ateliers) aux parties plus basses du village, vers les axes de circulation principaux ou la rivière.
- Un accès stratégique pour les ouvriers : Au début du siècle dernier, cette traverse était empruntée quotidiennement par des centaines d’ouvriers et d’ouvrières de l’espadrille. Elle leur évitait de contourner tout le bloc de maisons par les voies carrossables plus longues. Elle permettait de passer rapidement de leur logement aux grandes usines (comme l’usine Sans & Garcerie) ou d’aller livrer les semelles cousues à domicile d’un quartier à un autre.
C’est cette configuration de « raccourci » encaissé, entouré de hauts murs, qui renforçait aussi son aspect fermé et sécurisant pour le poste de surveillance et les locaux de détention qui s’y trouvaient.
